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L'effet test : un partenaire des enseignants pour renforcer l'apprentissage

  • Dans l’article du mois passé nous avons tenté de différencier semis et mauvaises herbes dans la “Neuromania”.

  • Après avoir clarifié, nous l’espérons, les termes du débat, cet article et les suivants présenteront quelques découvertes de la psychologie qu’il est réellement possible de traduire en de bonnes pratiques d’enseignement.

  • Ce mois-ci nous découvrons que:

    1. Les quiz et les questions ouvertes ne servent pas uniquement à mesurer les connaissances des étudiants : ils contribuent aussi à les renforcer.
    2. Il faut encourager les élèves à se soumettre à cet exercice, qui est différent d’une révision traditionnelle du genre “lire-souligner”. Le travail cérébral demandé est en effet bénéfique pour une mémorisation à plus long terme : c’est « l’effet test ».
    3. Les étudiants ont besoin d’un feedback à la suite du quiz : au plus la correction est rapprochée, au mieux l’apprentissage se construit. Même retardé, les bienfaits ne disparaissent pas car ce feedback représente une forme à part entière d’exposition au contenu qu’ils sont en train d’apprendre.

Quizz your students

Que l’on soit toujours élève ou pas, c’est sans doute avec beaucoup d’appréhension et peu de nostalgie que l’on se remémore de contrôles et autres examens qui ont parsemé notre parcours académique. Et pourtant, l’impact des examens est au centre d’un des effets les mieux connus des psychologues, et ceci depuis un siècle. Car malgré leur réputation, les examens ont plus d’un atout. Tout d’abord, ils sont évidemment l’instrument de choix des enseignants pour mesurer les compétences de leurs élèves. Ensuite, ils servent aux étudiants à développer leurs compétences d’autoévaluation (ce que les experts appellent la « métacognition »), qui les informeront sur leurs forces et faiblesses, de sorte à mieux agencer la révision à une étape ultérieure. Mais il y a aussi un troisième effet, plus surprenant.

Dans son traité De la mémoire et de la réminiscence, Aristote nous apprend que « L’exercice de récupération répétée d’une chose renforce la mémoire ». Toutefois, les premières expériences scientifiques traitant ce sujet n’arriveront que bien plus tard, avec les travaux de 1909 de la psychologue Edwina Eunice Abbott. Plus récemment encore, il fallut attendre les années 2010 pour que le sujet redevienne d’actualité.

Qu’ont donc découvert tous ces chercheurs ? Un exemple de leurs résultats est montré en Fig. 1. Les scientifiques ont effectué une expérience sur un groupe d’étudiants, auxquels on a demandé d’étudier un thème une première fois. Ensuite, on a accordé à la moitié de ce groupe l’opportunité de réviser ce contenu par une simple relecture, alors que l’autre moitié devait remplir une feuille blanche avec tout ce dont ils se souvenaient. Les connaissances acquises par ces groupes d’étudiants ont été nouvellement testées à plusieurs reprises, à des intervalles de 5 minutes, 2 jours et 1 semaine.

Qu’observe-t-on dans ces résultats ? Principalement, on constate que tant que le test est rapproché de cette étude, réviser de manière traditionnelle permet d’obtenir des résultats sensiblement meilleurs comparés à la révision sous forme de question ouverte. Mais après quelques jours, c’est l’inverse qui se produit ! Ce phénomène est appelé « effet test », confirmé par une méta-analyse récente couvrant une soixantaine d’études indépendantes.

Moyenne des proportions des concepts remémorés correctement lors d’un test après des intervalles de 5 minutes, 2 jours, et 1 semaine, en fonction de la méthode d’apprentissage (étude additionnelle vs. test initial)

Fig. 1. Moyenne des proportions des concepts remémorés correctement lors d’un test après des intervalles de 5 minutes, 2 jours, et 1 semaine, en fonction de la méthode d’apprentissage (étude additionnelle vs. test initial). La performance s’amoindrit au fil du temps car l’oubli rentre en jeu. Les barres d’erreur représentent l’erreur standard des moyennes. (Roediger & Karpicke, 2006)

Une condition importante pour bénéficier de cet effet positif est toujours la présence d’un retour (feedback) de l’enseignant, permettant de corriger les erreurs des élèves. Pour fournir ce feedback, le plus tôt est le mieux. Mais il est démontré que même une correction retardée, qui laisserait donc le temps aux étudiants de mieux structurer leurs connaissances, a un effet positif sur l’apprentissage. Par ailleurs, cet effet d’amplification du test peut même se produire lorsqu’un test est effectué avant même l’étude d’un sujet.

Nous encourageons donc les enseignants à exploiter l’effet test : il ne faut pas hésiter à utiliser des quiz pendant les cours. On pourrait par exemple terminer une leçon par une question ouverte concernant son contenu principal. Ceci leur permettra non seulement de dynamiser leurs leçons, mais aussi de renforcer, voire construire, cette transmission de savoir !

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Florian Zenoni

Florian Zenoni

Florian is a Data Scientist at Wooclap, an online platform with which to stimulate classes and measure student understanding of material thanks to smartphones.