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La « Neuromania » dans les salles de cours

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Dans cet article, nous découvrirons que :

  • l’interprétation superficielle des découvertes neuroscientifiques engendre des « neuromythes » ;
  • ces « neuromythes » peuvent avoir des conséquences néfastes sur les politiques d’éducation et de formation ;
  • les neurosciences ne sont pas la discipline la plus apte à prescrire la meilleure manière d’enseigner ; la littérature scientifique provenant de disciplines hybrides, comme la psychologie cognitive, ainsi que les études pédagogiques sur le terrain prouvent que des outils tels que Wooclap constituent un soutien indispensable à l’enseignement. Plus de détails suivront dans les prochaines semaines !

Les spécialistes de formation et de l’apprentissage en témoignent : la curiosité des enseignants vers les sciences cognitives est immense. De même, les experts de neurosciences portent un grand intérêt aux sciences sociales, et en particulier au domaine de l’éducation. L’engouement des années 2000 — que l’on a surnommées la « décennie du cerveau » — pour ces sujets a amené son lot de controverses. Des interprétations simplistes, trop hâtives, voire erronées des découvertes des neurosciences ont encouragé ce qu’on appelle les « neuromythes ». Malheureusement, les enseignants en sont trop souvent victimes. Dans cet article nous allons donc tenter d’établir quelles disciplines sont relevantes pour améliorer le travail en salle de classe.

Ces querelles peuvent sembler purement académiques, mais leurs conséquences peuvent aller très loin. Par exemple, en s’inspirant des neurosciences, on a longtemps cru qu’il existait pendant la croissance une période clé pour l’apprentissage, entre 3 et 10 ans, à ne pas compromettre sous peine de conséquences irréparables. Cette croyance était fondée sur les études sur la prolifération du nombre de synapses pendant la croissance chez les primates, appelée synaptogenèse. La presse s’étant emparée de ces découvertes, leur interprétation superficielle et tapageuse a eu pour conséquence la formulation de recommandations officielles sur l’éducation aux États-Unis. Or, celles-ci supposaient implicitement deux thèses qui s’avèrent être fausses :

  1. La synaptogenèse de l’être humain et du macaque rhésus seraient directement comparables.
  2. La période d’excès synaptique correspondrait à une période privilégiée pour l’apprentissage. En réaction à ces abus, John Bruer écrivit en 1997 un article dans lequel il suggère que:

« les applications pédagogiques de la science du cerveau pourraient éventuellement voir le jour, mais pour l’instant, les neurosciences n’ont pas grand-chose à offrir aux enseignants pour ce qui est d’éclairer la pratique en classe. Il existe cependant une science appliquée de l’esprit, la science cognitive, qui peut servir de science fondamentale pour le développement d’une science appliquée de l’apprentissage et de l’enseignement ».

En d’autres termes, Bruer propose de combler la distance entre pédagogie et neurosciences grâce à deux passages intermédiaires.

Le premier consiste dans la liaison de la cognition à l’enseignement : ce domaine, appelé psychologie cognitive, existe déjà depuis des décennies. Par exemple, quels sont les fondements cognitifs de l’apprentissage de l’arithmétique au début de l’école primaire, et comment peut-on le rendre plus efficace ? Cette discipline ne s’intéresse pas nécessairement à la structure du cerveau, mais elle tente de découvrir les processus mentaux qui sous-tendent le comportement observé. La lecture et l’écriture, l’apprentissage des mathématiques ou des sciences sont des exemples de sujets d’étude.

Le deuxième « pont » proposé par Bruer est censé quant à lui lier la cognition à la circuiterie neuronale. Il s’agit d’un champ qui utiliserait les modèles cognitifs ainsi que des méthodes d’imagerie cérébrales, à la frontière donc entre les sciences biologiques et comportementales.

Dans un article de 2016, Bruer se penche à nouveau sur la question. Parmi ses conclusions, il confirme son intuition de 20 ans auparavant : la connection la plus prometteuse entre les recherches « fondamentales » et « appliquées » se trouve sans doute dans une branche de la psychologie appelée désormais neuropédagogie ou « neurolearning ». Pour renforcer ce lien, il faudra cependant attendre plus de résultats neuroscientifiques établis sur l’homme, au lieu de l’animal comme c’est le cas actuellement. Ce qui doit être clair, c’est que les neurosciences à elles seules pourraient n’avoir jamais de pouvoir prescriptif (que faire et comment) sur l’éducation, comme l’affirment les chercheurs Horvath et Donoghue: ce serait comme essayer de prédire l’évolution d’une colonie de fourmis à partir du comportement d’un seul individu.

En attendant, c’est la recherche en éducation qui, grâce à ses expériences empiriques sur le terrain, est le plus en mesure d’indiquer la voie à suivre sur les techniques concrètes de l’apprentissage. Agencées de la bonne manière, celles-ci peuvent avoir une réelle valeur ajoutée dans les salles de classe. Dans les prochains articles, nous vous en proposerons quelques exemples.

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Florian Zenoni

Florian Zenoni

Florian is a Data Scientist at Wooclap, an online platform with which to stimulate classes and measure student understanding of material thanks to smartphones.