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Variez vos techniques d'enseignement avec le professeur Felder

Les styles d'apprentissage de Felder

Dans cet article :

  • Nous parlons pour la première fois de cette série du professeur Felder, expert en pédagogie.
  • Nous découvrons son approche de l’enseignement basée sur différents styles d’apprentissage.
  • Nous proposons grâce à lui de nouveaux critères pour enrichir vos cours.

Tout comme Eric Mazur, Richard M. Felder est un scientifique reconverti à l’ingénierie pédagogique. Comme il le révèle dans une interview (1), il a passé 15 années « très conventionnelles » à enseigner et à faire de la recherche en génie chimique, avant de se rendre compte que les mauvais résultats de nombre de ses étudiants de premier cycle, par ailleurs très intelligents, laissaient entendre que quelque chose clochait.

Comme personne ne lui avait jamais appris à enseigner, il s’est petit à petit intéressé à la littérature scientifique en psychologie cognitive et en pédagogie. Au fil du temps, il s’est de plus en plus impliqué auprès des experts en éducation (jusqu’à en épouser une !) et, en s’appuyant sur leurs découvertes scientifiques, a créé une nouvelle approche d’enseignement.

Avec la psychologue Linda Silverman, Felder a eu l’intuition que différents élèves pouvaient avoir des styles d’apprentissage différents. Ensemble, ils ont conçu tout un test autour de cette idée. Les dimensions des styles d’apprentissage de Felder-Silverman peuvent être résumées par cinq questions différentes :

  1. Préférez-vous percevoir l’information par des moyens sensoriels (sensations physiques) ou intuitifs (souvenirs et idées) ?
  2. L’information sensorielle est-elle mieux perçue par l’encodage visuel (images, diagrammes, démonstrations) ou verbal (sons, mots écrits et parlés) ?
  3. Êtes-vous plus à l’aise avec une approche inductive, où les faits sont donnés en premier et la théorie sous-jacente est déduite ? Ou préférez-vous être déductif, lorsque les principes sont donnés en premier et que les conséquences et les applications sont déduites ?
  4. L’information est-elle mieux traitée de façon active, par la discussion entre pairs et l’engagement physique, ou de façon réfléchie, par une introspection plutôt solitaire ?
  5. Votre processus de compréhension est-il plutôt séquentiel, basé sur une progression logique de petites étapes incrémentales, détail après détail, ou bien global, impliquant de grands sauts logiques et favorisant de larges concepts ?

En ces termes, on peut imaginer de nombreuses combinaisons possibles : certaines ancrées dans des applications pratiques, prudentes mais lentes ; d’autres plus rapides et théoriques mais potentiellement peu soignées.

Ce qui frappe, c’est que la plupart des cours traditionnels couvrent une variété limitée de styles : un style d’enseignement commun est en effet intuitif, verbal, déductif, réfléchi et séquentiel. Les approches sensorielles, visuelles, inductives, actives et globales sont confinées dans des classes de laboratoire, qui apportent un développement des compétences insuffisant ou couvrent rarement tous les sujets prévus par le programme.

Comme nous l’avons expliqué dans nos précédents articles, ajouter de nouveaux défis en classe ne devrait pas nécessiter de grandes transformations. Certaines des solutions qui suivent, encore une fois suggérées par le professeur Felder (2), pourraient permettre d’atteindre un meilleur équilibre des styles. Ces exemples ont été conçus pour être appliqués dans les disciplines STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques), mais rien ne vous empêche de les adapter à votre propre discipline.

  • Lors de l’exposition des élèves à un contenu théorique, présenter d’abord des phénomènes que la théorie aidera à expliquer (sensoriel, inductif, global). Donnez aux élèves des exemples concrets de problèmes pour voir jusqu’où ils peuvent aller sans les nouveaux outils que vous allez leur fournir.
  • L’information devrait être fournie à travers un mélange équilibré de description concrète (sensoriel) et conceptuelle (intuitif), dans tous les cours. Par exemple, pour introduire les concepts de moment d’une force et de mouvement angulaire, demandez aux élèves d’appliquer une pression sur une porte de différentes façons et laissez-les interpréter le résultat de leurs expériences.
  • Les problèmes algébriques (intuitif) devraient parfois être associés à des exemples numériques (sensoriel).
  • Les magnitudes des grandeurs physiques calculées doivent être mises en relation avec des analogies concrètes (sensoriel, global). Un exemple serait d’introduire le concept de densité en discutant de la différence entre le même volume d’eau et de mercure.
  • Du temps personnel (réfléchi) et une participation active de l’élève (actif) devraient être accordés en classe lorsque de nouveaux contenus sont présentés. Les “devoirs top-chrono” d’une minute sont idéaux pour conclure un cours, pour permettre aux étudiants de réfléchir par eux-mêmes et d’écrire le point le plus important soulevé dans le cours, ainsi que la question la plus importante restée sans réponse. Les ateliers de groupe sont également très efficaces quand on met les élèves devant une variété de questions. C’est l’une des stratégies utilisées par le professeur Mazur.
  • Encourager le travail d’équipe pour les devoirs à la maison (actif).
  • Les sujets du cours sont inévitablement présentés selon un déroulement logique (séquentiel), mais cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas établir des liens entre le matériel actuel et d’autres matériels dans le même cours, ou avec d’autres cours et disciplines (global). L’un des exemples de Felder est que le métabolisme cellulaire est lié à la libération d’énergie par oxydation du glucose, liée à son tour aux processus nucléaires, aux transitions électroniques, à la combustion, etc.

Quelques mises en garde s’imposent cependant (3) :

  • Les dimensions des styles d’apprentissage sont des variables continues, et non des catégories exclusives. La préférence d’un élève pour un style donné va de négligeable à prononcé.
  • Les profils de style d’apprentissage expriment seulement des tendances et sont loin de prédire les comportements de manière infaillible. En fait, la valeur des méthodes d’éducation ciblées pour des profils spécifiques est très controversée. Selon l’état actuel des recherches, les profils de personnalité relèvent plus des neuromythes que des méthodes probantes (4, 5). Nous devons donc mettre en garde contre le fait que la confiance aveugle envers les profils de personnalité conduit à des interprétations pseudoscientifiques et peut renforcer les préjugés injustifiés contre certains individus.
  • Les préférences en matière de style d’apprentissage ne sont pas des indicateurs fiables de forces et de faiblesses.
  • Les préférences déclarées en matière de styles d’apprentissage peuvent être influencées par des expériences éducatives passées.
  • Afin de ne pas effrayer les enseignants en évoquant des charges de travail supplémentaires, Felder précise également qu’il ne s’agit pas de fournir un style d’enseignement personnalisé pour chaque élève. Il s’agit plutôt de les rendre conscients que plus d’une méthode est à leur disposition et de les inviter à exposer une cohorte d’étudiants à la meilleure variété d’approches possible. Sortir les étudiants de leur zone de confort pour renforcer leurs capacités moins développées pourra contribuer à les rendre de meilleurs chercheurs.

La plupart des potentielles interprétations erronées étant écartée, il y a cependant des éléments à garder dans le domaine des différentes méthodes d’enseignement. Une des techniques pour améliorer l’apprentissage est de varier les types d’encodage de l’information. Dans ce sens, les conseils de Felder gardent toute leur valeur scientifique.

Pour terminer, comme Felder l’explique dans un livre récemment publié (6), la technologie peut certainement être utile pour mettre en place ces méthodes à l’échelle d’une grande classe. Alors qu’une relation personnelle avec un professeur ne sera probablement jamais remplacée par la technologie, les présentations multimédia en ligne permettent aux étudiants de revoir les leçons aussi souvent qu’ils le souhaitent. Il admet également que les systèmes de clickers émancipent les élèves de leur condition d’observateurs passifs : grâce à votre touche personnelle, Wooclap peut donner vie aux suggestions que nous venons d’évoquer.

Sources:

  1. https://www.engr.ncsu.edu/wp-content/uploads/drive/1jK7Aw77LPVnJ9JiZcVccr6Mv2ELYCR2v/2002-LiberatoInterview(JSciEd).pdf
  2. Felder, R. M. (1993). Reaching the Second Tier: Learning and Teaching Styles in College Science Education. Journal of College Science Teaching, 22(5), 286–290
  3. Felder, R. M. & Spurlin, J. (2005). Applications, reliability and validity of the Index of Learning Styles. International Journal of Engineering Education, 21, 103-112.
  4. Pashler, H., McDaniel, M., Rohrer, D., & Bjork, R. (2008). Learning Styles: Concepts and Evidence. Psychological Science in the Public Interest, 9(3), 105–119. https://doi.org/10.1111/j.1539-6053.2009.01038.x
  5. Shaw, R.-S. (2019). The Learning Performance of Different Knowledge Map Construction Methods and Learning Styles Moderation for Programming Language Learning. Journal of Educational Computing Research, 56(8), 1407–1429. https://doi.org/10.1177/0735633117744345
  6. Felder, R. M., & Brent, R. (2016). Teaching and learning STEM: A practical guide.
Florian Zenoni

Florian Zenoni

Florian is a Data Scientist at Wooclap, an online platform with which to stimulate classes and measure student understanding of material thanks to smartphones.